18.07.2008

En l'amour du vide

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Quand je contemple ton visage,
je suis ton visage.
Les fleurs de ta beauté
m'importent plus que les images
qui tombent de mon corps
comme des feuilles mortes.
Quand je suis avec toi,
je suis tes yeux et ta voix.
Tu regardes mon visage
plus souvent que le tien.
Ton coeur est sur mes lèvres
autant qu'en ta poitrine.
Dans le silence de ton âme
résonnent aussi bien ma voix
que la tienne.
Nos âmes étant mêlées,
quand je t'aime c'est moi que j'aime
et toi de même.
Jamais ne te trouverai
car je suis plein de toi
et toi de moi
en l'amour du vide.

Tharpa Mewo

22.05.2008

Pendant ce temps

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Les hommes courent après le plaisir et étreignent fiévreusement cette épouse brûlante sur leur coeur tourmenté ; pendant ce temps, une félicité divine et impeccable se tient derrière eux, attendant d'être vue, réclamée et capturée.

Les hommes sont à la chasse de petits succès et de maîtrises futiles d'où ils retombent épuisés et affaiblis ; pendant ce temps, toute la force infinie de Dieu dans l'univers attend en vain de se mettre à leur disposition.

Les hommes déterrent de petits détails de connaissance et les combinent en systèmes de pensée limités et éphémères ; pendant ce temps, toute la sagesse infinie rit au-dessus de leurs têtes et ouvre large la gloire de ses ailes irisées.

Les hommes cherchent laborieusement à satisfaire et à combler ce petit être limité fait d'impressions mentales qu'ils ont groupé autour d'un ego misérable et rampant ; pendant ce temps, l'Âme hors de l'espace et du temps se voit refuser sa manifestation joyeuse et splendide.


Sri Aurobindo

19.04.2008

Toi

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Tourne ton visage

vers ton propre visage.

Il n’y a personne

que toi-même.

Rûmi

12.08.2007

Crois-tu, ô ami, te jouer de Moi ?



Egrener des chapelets - ils ne sont que bois mort.
Se baigner aux fleuves sacrés - ils ne sont que de l'eau.
Adorer dans les temples - ils ne sont que des murs de pierres.
Ecrire des livres - ils ne sont que fioritures de mots.

Crois-tu, ô ami, te jouer de Moi ?
Comme le lotus demeure sur les eaux,
ainsi Je vis avec toi, éternellement.

Décore-Moi de tes joyaux.
Revêts-Moi de tes ornements.
Nourris-Moi de tes friandises.
Flatte-Moi de tes gloires.

Crois-tu, ô ami, te jouer de Moi ?
Comme le lotus demeure sur les eaux,
ainsi Je vis avec toi, éternellement.

Cherche ton bonheur dans l'éphémère.
Suis tes passions grossières.
Bois jusqu'à l'ivresse pour oublier.
Chasse le papillon de fleur en fleur.

Crois-tu, ô ami, te jouer de Moi ?
Comme le lotus demeure sur les eaux,
ainsi Je vis avec toi, éternellement.

L'ombre est riche un jour d'été.

Le long voyage, ô ami,
prend fin
à notre rencontre.


J. Krishnamurti

28.01.2007

Courtisan de l'Espace

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Prompt à m’allier le ciel
à m’y noyer, à m’y dissoudre,
j’ai un amour,
un amour fou,
incandescent,
que je courtise, secrètement.


Je suis tranquille, tranquille.
Cet amour-là,
rien ne peut me le dérober.
Rien ni personne.
Cet amour-là,
Il est si vaste qu’en l’épousant
je disparais.
Puis je renais.
Dans l’instant même je renais :
immensité, immensité.


Courtisan de l’espace,
je suis amoureux fou du ciel.

O ! ma divine folie,
j’aime le vide, j’aime l’espace,
j’aime me perdre
en mon amour.
Car mon amour
est le « je suis »,
le pur « je suis ».
De tout mon être,
la source unique,
la clarté,
l’immensité plus que parfaite.

Courtisan de l’espace,
semblable au ciel qui tout embrasse,
je suis si vaste, si léger.
Nul passé ne peut plus faire poids.
Mes peurs se perdent en mon infinitude.

Plus rien ne pèse.
Tout sourit.

Bonheur, bonheur tant désiré
je suis le roi de ton royaume.

Plus rien ne pèse,
le monde entier s’épanche en moi.
Spontané,
sans plus faire résonner
d'autres échos en mon cœur
qu’un émerveillement renouvelé.

Et la vie se déploie
d’instant en instant neuve,
couverte à jamais de l’originelle rosée,
en l’œil spatial et libertaire
de mon amour l’immensité.


Richard Boyer

15.01.2007

Altimité

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Je t'aime, toi présence discrète, limpide jusqu'à simuler l'absence.
Tu m'aimes, moi le chemin précieux pour explorer tes talents.

Nous aimons nous aimer, dans l’étonnement de notre nudité première.
Longtemps perdus dans la mosaïque réfléchissante du moi,
je te découvre sans manière à l’orée d’une attention simple.

Tu me danses, je nous savoure, c’est le tango de l’altérité.
Oh ! précieuse folie des pôles changeants ;
Moi-tu-nous, toi-nous-moi, entre nous on se dit je.

Notre intimité est une tendresse d’avant les visages.
Je te chéris, ma vastitude silencieuse.
J’admire ta légèreté qui propulse des soleils joueurs.
J’aime nos joies sans raison croquant du mystère.

Les soirs où mes identités se font lourdes,
je les ficelle de rubans colorés et les lance
dans l’œil immobile qui se contient lui-même.

Je t’aime, toi l’invraisemblable présence
qui ne ressemble à personne, libre de toute définition.
Nous aimons nous aimer en faisant semblant d’être deux.


Patrice Roy

11.01.2007

Je ne suis pas moi

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Je suis celui
qui va à mes côtés sans que je le voie,
que, parfois, j’oublie.

Celui qui se tait, serein, quand je parle.
Celui qui pardonne, tendre, quand je hais.

Celui qui se promène là où je ne suis pas.
Celui qui restera debout quand je serai mort.


JUAN RAMON JIMENEZ

07.12.2006

Tout est tranquille

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Tout est tranquille
dans les profondeurs de l'océan,
mais, à la surface,
gronde le tumulte joyeux de ses clameurs
et de sa course au rivage.

Il en est de même pour l'âme libérée
au milieu d'une action violente.
L'âme n'agit point :
simplement elle exhale du fond d'elle-même
une action irrésistible.

30.11.2006

L'Homme

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Dieu ne peut cesser de se pencher vers la Nature, ni l'homme d'aspirer à la divinité. C'est la relation éternelle du fini à l'infini. Quand ils semblent se détourner l'un de l'autre, c'est pour s'élancer vers une plus intime rencontre.

Dans l'homme, la nature du monde redevient consciente de soi afin de faire un plus grand bond vers son Possesseur. C'est ce Possesseur que, sans le savoir, elle possède, que la vie et la sensation nient, tout en le possédant, et cherchent, tout en le niant. Si la nature du monde ne connaît pas Dieu, c'est qu'elle ne se connaît pas elle-même; quand elle se connaîtra elle-même, elle connaîtra une joie d'être sans mélange.

Posséder dans l'unité et non se perdre dans l'unité, tel est le secret. Dieu et l'homme, le monde et l'au-delà deviennent un quand ils se connaissent l'un l'autre. Leur division est la cause de l'ignorance, de même que l'ignorance est la cause de la souffrance.

Tout d'abord, l'homme cherche aveuglément, et il ne sait même pas qu'il cherche son moi divin, car son point de départ est l'obscurité de la Nature matérielle, et même quand il commence à voir, il reste longtemps aveuglé par la lumière qui croît en lui. Dieu aussi ne répond qu'obscurément à sa quête; il recherche l'aveuglement de l'homme et en jouit comme des mains d'un petit enfant qui tâtonne vers sa mère.

Dieu et la Nature sont comme un garçon et une fille qui jouent, amoureux l'un de l'autre. Ils se cachent et s'enfuient quand ils s'aperçoivent, afin de pouvoir se chercher, se poursuivre et se capturer.

L'homme est Dieu se cachant de la Nature pour pouvoir la posséder par la lutte, l'obstination, la violence, la surprise. Dieu est l'Homme universel et transcendant qui, dans l'être humain, se cache à sa propre individualité.

L'animal est l'Homme déguisé sous une peau velue et marchant à quatre pattes. Le ver est l'Homme qui se tortille et rampe vers le développement de son humanité. Même les formes brutes de la matière sont l'Homme dans un corps rudimentaire. Toutes choses sont l'Homme, le Pourousha.

Car, que voulons-nous dire par Homme ? Une âme incréée et indestructible qui a fait sa demeure dans un mental et un corps créés de ses propres éléments.

26.11.2006

L'éveil est ordinaire

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Loin d’être un but mythique, l’éveil est ordinaire, l’éveil est déjà là. Il est à la portée de chacun, depuis là où il est. Il ne s’agit pas d’une performance spirituelle, d’une transcendance hors de portée, réservée à quelques élus ou à certains Êtres d’exception et qui s’obtient au terme d’un long et dur chemin d’ascèse.

S’éveiller c’est comprendre notre Nature véritable, c’est réaliser « Celui que l’on est » avant tout, originellement et dont jamais nous n’avons été séparés. Nous y sommes constamment, indépendamment de notre volonté et des situations diverses que nous vivons. Notre Nature est éveil, c’est nous, et non « une nature » cachée au fond de nous, qu'il nous faudrait retrouver. S’éveiller ne signifie pas atteindre un état de conscience supérieur, mais c’est recevoir et connaître l’ouverture naturelle qui sous-tend toute conscience. C’est rencontrer en nous l’éclat spontané du bonheur parfait derrière lequel nous courrons, comme après une ombre fugace et inaccessible, malgré nos innombrables entreprises pour l’obtenir par une saisie.

L'éveil est le passage de ce que nous croyons être, à ce que nous sommes véritablement. C'est une totale démystification, le renversement du règne illégitime de l'esprit conceptuel, détrôné par une vue directe et spontanée qui s'actualise indépendamment des constructions du mental.

Parler « d'atteindre » l'éveil n'a pas de sens. Ce qui le caractérise et l’atteste, c’est l’épuisement total de toute notion de voie et de cheminement qu’il provoque, ainsi que l’effondrement de l’idée de « devenir » et de distance. En fait, il n'y a rien à rejoindre qui ne soit déjà là. Par conséquent, toute perspective, toute méthode dirigée vers un but s’avère caduque. Si nous sommes pleinement d'accord pour être ici, au cœur de l'instant présent, nous pouvons réaliser que naturellement nous reposons dans l'éveil et qu'il n'y a aucune distinction entre lui et nous.

Denis Marie

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